Rites funéraires chez les Bayotts : à la découverte d置ne autre litanie des morts

24.08.2020
Rites funéraires chez les Bayotts : à la découverte d置ne autre litanie des morts
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Rites funéraires chez les Bayotts : à la découverte d'une autre ...


Chez les Bayotts, le rite funéraire, appelé ォ kagonor サ, est l弛ccasion d置ne communion entre les morts et les vivants. Lors de notre séjour en pays bayott, nous avons assisté à cette cérémonie particulière. Plongée dans un univers où la frontière est ténue entre le monde des vivants et celui des morts.

Le village dÉtomé est le point de convergence de toute la communauté bayott ce vendredi 7 août. Situé sur la route d丹ussouye, entre Nyassia et Bafican, le village ne compte que quelques maisons en bordure de la route. L誕rrière-plan des premières maisons est constitué de forêts. Nous traversons des fromagers géants, des Tecknona grandis et une diversité d段mposants arbres pour rejoindre Parfait Sagna à la maison mortuaire. De petits groupes se forment çà et là, sous l弛mbre des manguiers. D誕utres sont retranchés dans espace entouré d置ne palissade. On déguste tranquillement le ォ bounouk サ, le vin traditionnel. À côté, des femmes chantent et dansent. Pourtant, ce n弾st pas un jour de fête. La communauté a perdu un membre. Les intrus sont médusés. Nous sommes mis à lécart. Tous les regards sont rivés sur nous. Nos masques attirent la curiosité. Nous sommes les malvenus pour quelques jeunes sous l弾mprise du ォ bounouk サ. Ils tentent d段nfluencer l誕ssistance. Ils intimident l弛rdre au reporter photographe de stopper toute prise de vue. ォ Attendez-moi là, le temps que j誕vertisse les sages サ, nous implore Parfait Sagna, une figure influente de la communauté.

En face de nous, du côté de la cour arrière, il y a un autre monde. Des femmes et des hommes, un bloc compact d段ndividus, forment un cercle. Au milieu, deux personnes portent un corps allongé sur des planches. Ils tournent en entonnant des cantiques. Ils tournoient et foncent vers la porte arrière pour entrer dans la maison. Sur le seuil, se tiennent un homme et une femme. Avec leur main, ils repoussent le corps. Les porteurs font des tours et détours avant de revenir. Tout le monde est suspendu à cette scène qui pourrait paraître surréaliste pour un étranger. C弾st un rituel, chez les Bayotts. C弾st le temps fort lors des cérémonies funéraires. ォ Chez nous, lorsqu段l y a un décès, ceux qui viennent ne demandent pas les causes de la mort. C弾st durant ce rituel que ceux qui ont soigné le défunt de son vivant expliquent sa maladie, comment il a été soigné, de quoi il est mort サ, dévoile Simon Sagna, chef du bois sacré dÉtomé. Les intrus séloignent de la maison mortuaire pour s段soler à l弛mbre des fromagers et des tecks dont les branches forment une voûte au-dessus de nos têtes. C弾st dans ce coin que nous, les reporters, poursuivrons l段ncursion au sein des peuples de la forêt. Les autres, deux sages qui nous rejoignent, confirment que le ォ boutagor サ n弾st pas un interrogatoire des morts comme cela se fait dans les autres groupes ethniques en basse Casamance, comme chez les Mancagnes et les Manjacks ou encore les Balantes. Ce rite funéraire est atypique dans les villages de Nyassia, Étomé, Boffa-Bayott, dans le Kagueré et dans lÉhein. ォ Cette cérémonie s誕ppelle ォ boutagor サ chez les Bayotts. Nous faisons des éloges au mort, on rappelle ses qualités, comment il a été soigné. Cela permet à ceux qui ne connaissent pas le défunt d弾n savoir plus sur lui. Chez les Bayotts, il est formellement interdit de demander les causes du décès サ, prévient Parfait Sagna. Pendant ce temps, des femmes poursuivent leurs danses. Et tout est en harmonie pour célébrer le disparu. L誕tmosphère de deuil est palpable sur les visages et contraste avec cette danse électrique des femmes. Mais, tout converge vers le but unique. ォ C弾st une manière de faire des adieux au disparu サ, renforce le chef du village dÉtomé, Étienne Sagna. Peu avant 18 heures, le corps change de mains. Le voici transporté par des femmes, sous les auspices de quelques vieilles mères qui ont le don de pouvoir communiquer avec d誕utres forces qui animent la nature. La procession se dirige vers le site isolé où nous tenons ォ notre okora サ (assemblée) avec les sages. Elles posent le corps au sol. On peut voir une vieille, entourée de dames verser du riz, de l弾au. Elles parlent. Elles semblent s誕dresser aux ancêtres qui ont devancé le disparu. À cet instant, on pense à la célèbre phrase de Birago Diop : ォ En Afrique, les morts ne sont pas morts サ. Mieux, chez les peuples de la forêt, la mort n弾st qu置ne ォ suspension momentanée et apparente de la vie : l段ndividu est encore vivant et participe à la vie de la communauté サ, ajoute l檀istorien Amadou Fall. Peut-être qu弾n lécrivant, il ne savait pas que les Bayotts entretiennent des relations avec leurs morts. ォ Ce que font les femmes avec le corps, c弾st le pendant de la litanie des morts chez les chrétiens サ, résume le chef du village dÉtomé.

Annoncer l誕rrivée d置n mort

Les gens, d置ne voix saccadée, les uns après les autres, surtout les plus âgées, formulent des phrases. D誕utres, avec des rameaux, versent un liquide, apparemment de l弾au. Ces vieilles entrent en communication avec leurs ancêtres qui ne sont plus de ce monde. ォ Ce cérémonial, exécuté par les femmes, est presque la dernière étape avant l弾nterrement. En général, il se tient vers 17 heures avant le coucher du soleil. Ce sont les femmes qui balisent la voie au mort en annonçant aux ancêtres qu段l y a quelqu置n qui doit les rejoindre サ, détaille le chef de village.

Une dame fait passer le rameau sur l段tinéraire menant à la maison mortuaire. Quelques minutes plus tard, les femmes ramènent le corps à la maison. Une fine pluie commence à tomber. Le rite tire à sa fin. Tout d置n coup, une bonne partie de l誕ssistance se lève et regagne la route nationale pour rentrer. ォ Lorsqu段l y a un décès, c弾st tout le monde qui vient. Nous passons toute la journée サ, nous fait savoir Parfait Sagna. Nous n誕vons pas l弛ccasion d誕ssister à l弾nterrement qui ne se fera pas certainement avec une grande foule. C弾st vrai, dans cette partie du Sénégal, la frontière est ténue entre le monde des vivants et celui des morts. La mort fait partie de la vie, disait un philosophe. Les Bayotts, c弾st un monde coincé entre les forêts denses et les palmeraies touffues. Un monde où la vie et la mort ne font qu置n !

Les Bayotts, exclusivement localisés dans la zone de Nyassia, sont éparpillés entre les villages dÉtomé, Bafican, Boffa-Bayott, Niassya, Étafoune, Kouring Basséré Beaucoup de ces localités sont bordées de ォ bolongs サ (chenal d弾au salée) ou perdues dans les dernières grandes réserves forestières du Sénégal. Cette communauté entretient des rapports sacrés avec les forêts.

Le village dÉtomé est en deuil ce vendredi 7 août 2020. Beaucoup d檀abitants des villages bayotts des environs ont convergé vers cette bourgade coincée entre un ォ bolong サ aux berges parsemées de mangroves et une forêt dense. Dans cette localité, les maisons sont éloignées les unes des autres. Et il est difficile de délimiter les habitations de la zone arbustive. Des arbres géants séparent les concessions situées près de la route nationale et des habitations des profondeurs entourées d誕rbres. Rien n弾st fortuit. La forêt est presque considérée comme un prolongement des habitations, au propre comme au figuré, au sein de cette minorité si particulière appartenant à l弾thnie diola. ォ Les Bayotts entretiennent des relations sacrées avec les forêts. C弾st là-bas que nous conservons nos totems, c弾st aussi dans les forêts que nous organisons nos rites サ, explique l誕djoint au maire de Nyassia, Didier Sagna. La sacralisation de ces espaces est, sans doute, l弾xplication de la localisation des derniers sanctuaires de la biodiversité dans cette zone. Il faudra aussi ajouter le culte du communautarisme. Un village bayott ne peut pas décider tout seul d弾ngager les habitants sur la voie contraire au consensus de la communauté. Depuis l誕ube des temps jusquà nos jours, les décisions qui engagent les Bayotts sont prises dans la forêt, dans un site dédié. Chaque village envoie son représentant à ォ okora サ, une sorte d但ssemblée nationale, pour reprendre les propos de nos interlocuteurs. ォ Les Bayotts tiennent des assemblées dans la forêt. Chaque village a un mandataire. Les décisions de cette assemblée sont appliquées par les habitants des villages. Personne n誕imerait être en marge de la société. C弾st votre famille qui vous pousse à respecter les décisions サ, explique l誕djoint au maire de Nyassia.

L ォ okora サ se tient un jour dédié. Chez les Bayotts, comme chez les autres Diolas, la semaine ne compte que six jours. Le septième, c弾st celui de l ォ okora サ. C弾st un jour sacré. Contrairement à d誕utres sociétés, la voix des sages n段nfluence pas beaucoup les délibérations pour la simple et bonne raison que les avis des mandataires, qui ne sont pas n段mporte qui, comptent. ォ Nous sommes une société égalitaire. Lors de l誕ssemblée, le débat est démocratique サ, assure le chef du village dÉtomé, Lucien Sagna.

Le baptême n弾xiste pas chez les Bayotts

Cette liberté d弾xpression est tolérée chez les Bayotts. Lors de notre aparté, l段nterruption de la prise de parole entre les jeunes et les vieux a rythmé notre entretien. La preuve, leurs positions sont divergentes sur le baptême. ォ Chez les Bayotts, nous ne pratiquons pas le baptême サ, avance le chef du village dÉtomé. Son fils prend la parole et tente de tempérer : ォ Nous ne pouvons pas dire qu段l n弾n existe pas chez les Bayotts, je crois qu段l y a une série de rites et rituels que nous pouvons considérer comme un baptême サ, dit-il.

Une idée rejetée par l誕ncien maire de Nyassia Parfait Sagna. Nous avons soulevé un débat que nos interlocuteurs n弛nt pas tranché. Peut-être, un jour, cette question sera au menu de l ォ okora サ. Qui sait ? ォ Je pense que nous devons poursuivre la réflexion pour savoir si réellement les Bayotts ne pratiquent pas le baptême サ, propose Parfait Sagna.

Séjour obligatoire de l誕îné chez ses oncles

À Étomé comme dans les villages bayott (Nyassia, Brin, Dar Salam, Jibonkeer), les rituels sont organisés au fil des années, après la naissance. Lorsque l弾nfant a deux ans, il subit le rite ォ ibone サ. ォ C弾st une séance de purification ; l弾nfant est plongé dans l弾au lorsqu段l commence à pousser des dents サ, explique Lucien Sagna. Ensuite, d誕utres rites et rituels suivent comme le ォ boumiro サ. Tant que ce rite n弾st pas organisé, l弾nfant ne pourra pas manger des œufs encore moins d弛melettes.

L誕îné d置ne famille est tenu d弾ffectuer au moins un séjour chez ses oncles maternels. À son retour dans le cercle familial, on organise un rite pour lui. Cette pratique, encore de saison, est très répandue chez cette communauté. ォ Les aînés sont envoyés chez leurs oncles maternels pour un séjour d置ne durée d誕u moins un jour ; à leur retour, un rituel est organisé. Un chef de ménage peut avoir plusieurs aînés, mais chacun doit sacrifier à ce rituel サ, complètent nos interlocuteurs. En revanche, la circoncision est taboue chez les Bayotts. ォ On n弾n parle pas, tout se fait dans le bois sacré サ, résume Simon Sagna.

Une aire géographique bien délimitée

Aujourd檀ui, la répartition des Bayotts dans une aire géographique spécifique ne garantit plus la préservation de leur langue. Ici et ailleurs, tous sont conscients qu段l faudra se mobiliser pour préserver cette identité culturelle menacée par d誕utres langues. Cette prise de conscience est portée par des intellectuels. ォ La langue bayott est, aujourd檀ui, menacée parce que ceux qui sont à lécole et les enfants de nos parents qui sont à Ziguinchor ou d誕utres villes, lorsqu段ls reviennent dans nos villages, ne parlent que wolof サ, regrette Didier Sagna, un fils du village dÉtomé, par ailleurs adjoint au maire de la commune de Nyassia. Pour préserver le patrimoine culturel bayott, des intellectuels de la communauté ont œuvré pour la codification de la langue bayott qui compte 27 lettres en 2011. D誕utres initiatives sont prévues. Plus globalement, c弾st une quête d段dentité. ォ Je suis Bayott, je ne suis pas Diola. On ne peut pas nous mettre dans la même sauce que les autres Diolas puisque nous faisons l弾ffort de parler leur langue et eux ne comprennent rien à la nôtre サ, revendique Didier Sagna. Une affirmation contestée par l置niversitaire Amadou Fall, historien spécialiste de la Casamance à l旦niversité Assane Seck de Ziguinchor. Il se souvient qu弾n 1997 les Bayotts avaient manifesté pour revendiquer leur appartenance à l弾thnie diola, car ils se sentaient exclus. ォ Ils ont les mêmes rites que les autres Diolas. Et si on fait l誕rchéologie linguistique, on se rendra compte d置ne uniformité culturelle entre tous ces peuples サ, explique-il.

Les Bayotts sont divisés en deux groupes : Éhein et Kaghéré. On retrouve les Bayotts dans les villages dÉtomé, Bafican, Kaléane, Bacounoume, Basséré, Étafoune, Kouring, Diabang, Dioher, Kaléane, Kouring, Boffa-Bayott La vie au sein de cette communauté est rythmée par plusieurs rites et rituels. Malgré l段nfluence des religions monothéiste, les Bayotts n弛nt pas tourné le dos à certaines pratiques ancestrales. ォ Les Bayotts se trouvent exclusivement dans une localité géographique bien définie dans le Nyassia. C弾st cette aire que j誕ppelle souvent Mazonimi (comment ça va ?). C弾st léquivalent de Kassoumay ou Kassoum, selon les variances de salutation d誕utres sous-groupes diolas サ, insiste l弾nseignant. Paradoxalement, ce sous-groupe est sous-étudié par des chercheurs sénégalais. C弾st une Suédoise qui est en train de mener des recherches pour retracer leur itinéraire et aussi décortiquer la signification des noms de certaines de leurs localités.

Idrissa SANÉ, Seydou KA (textes) et Moussa SOW (photos)

                                                                                                                              HVS - http://www.homeviewsenegal.com/rts.php | Facebook
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